L’organisation de l’accueil de réfugiés syriens dans la commune de Montrottier (69)

Bernard Chaverot, Maire de Montrottier et conseiller régional PRG, a accueilli 7 familles syriennes sur sa commune. Il a interpellé le Président de Région Laurent Wauquiez afin que celui-ci se rende sur place et constate le climat d’apaisement et les effets positifs de cette action.

Celui-ci n’a pas répondu à l’interpellation, mais Monique Cosson, présidente du groupe RCES, s’est rendue sur place en compagnie de militants locaux.

Petit retour enrichissant sur l’expérience de Montrottier.

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Présentation de la commune :
1500 habitants, 15 élus, 3300 hectares. Commune agricole avec 22 fermes, et une grande partie de forêt.
La plupart des habitants qui travaillent vont sur Tarare, Lyon…
Il y a trente ans la communauté de communes a accueilli des entreprises : Prismaflex (panneaux publicitaires)
Le vote est majoritairement FN sauf pour l’élection municipale ou au 2ème tour quand Bernard Chaverot se présente.
Il y a une peur de ce qui pourrait arriver avec infos à la télé…

Préparation 6 mois avant l’accueil :
Le préfet en juillet 2015 a sollicité la Mairie pour accueillir des familles de réfugiés, suite au constat de logements sociaux vides depuis pas mal de temps sur la commune. La Préfecture demandait qu’il puisse y avoir plusieurs familles et garantissait qu’il y aurait un encadrement pris en charge par l’Europe.
Après échanges au niveau des adjoints, du Conseil Municipal et après avoir informé des habitants, c’est lors des vœux de 2016 que B. Chaverot a fait l’annonce publique et a sollicité l’engagement de citoyens prêts à aider l’accueil et à accompagner des familles réfugiées. Beaucoup de personnes se sont inscrites le soir même des vœux.

Début de l’accueil :
7 familles dont 4 avec des enfants ont été accueillies (32 personnes) Il y avait 2 à 3 familles référentes pour chaque famille syrienne. Familles syriennes qui sont passées par la Jordanie, et sont restés 2/3 ans en camp de réfugiés au Liban. Ils avaient tous le statut de réfugiés.
Forum réfugiés grâce aux Fonds européens a financé un ETP pendant un an pour aider la prise en charge de ces familles.
L’aménagement de base des logements a été assuré par Forum réfugiés qui porte le bail. Les familles se sont engagées à payer le logement avec les aides sociales qu’ils reçoivent et à apprendre le français.
Présence de bénévoles très rapidement pour être interprètes. En septembre 2016, l’office français de l’immigration et de l’intégration a envoyé une interprète une fois par semaine pour 14 adultes qui prenaient des cours de français langue étrangère.
L’accueil des enfants à l’école a été bien préparé et c’est très bien passé. Le collège et l’école de Montrottier se sont fortement mobilisés. Les enfants avaient connu des interruptions scolaires de plusieurs années avant d’arriver.
Les familles étaient en mauvais état physique, avec des problèmes de santé importants à leur arrivée.

Dès le début il a fallu mettre en place un réseau de transports pour des accompagnements à l’hôpital, à la préfecture, pour des courses. Il n’y a pas de transports publics au départ de la commune. Ce réseau de transports fonctionne toujours et est aussi utilisé par des habitants de Montrottier.
La commune a ouvert une salle en faisant des appels aux dons pour les familles réfugiés (jouets, vêtements, meubles, vaisselle…). Cela a presque trop bien marché. Un espace de gratuité a été créée où tout un chacun peut donner et prendre des choses. Cet espace ouvre deux fois par mois.

 

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Familles référentes :
Henri témoigne d’un rôle qui nécessite de l’écoute, de la patience mais surtout de la disponibilité quand il y a un problème et une présence régulière. Les familles syriennes ont été particulièrement surprises par les demandes, obligations administratives françaises (exp du permis de conduire qu’il fallait repasser). Les liens avec la famille syrienne ont été très francs avec des échanges sur la vie personnelle, sans être intrusif par rapport à ce qu’ils ont vécu, traversé. Mais il a fallu par exemple éplucher leurs comptes et travailler là-dessus avec eux.
Les rencontres entre familles référentes et les familles syriennes sont régulières, et ont renforcé les relations entre habitants de la commune et avec les familles syriennes.

Etat des lieux après deux ans :
Les enfants se sont très facilement intégrés, ont rattrapé leur retard scolaire. Le rôle des structures scolaires ont été prépondérantes pour cette intégration, cette progression.
Pour les parents les choses sont plus compliquées : grande nostalgie du pays, pas de travail dans le secteur, et pas d’accrochage au travail temporaire comme le ramassage des cerises. C’est la MDR qui suit les questions de formation, d’emploi.
2 familles ont quitté Montrottier : une pour rejoindre le frère du mari à Caen/ une autre partie à Bourg en Bresse ou il y avait une possibilité de travail pour les deux parents
Les femmes restent beaucoup chez elles, elles ont été mères vers 16 ans et ne se projettent pas dans un possible travail.
Les parents restent très sensibles au regard des autres. Ils se sentent bien à Montrottier mais ne s’intègrent pas à la vie associative, restent en retrait.

Eléments à retenir de cette expérience :
– Quand le représentant public (le Maire) accepte l’accueil de réfugiés, et prend le temps indispensable des échanges et de préparation de cet accueil, des citoyens peuvent manifester un mouvement de solidarité. Quand le Maire s’oppose (exp de St Genis les Ollières par exp) la ville se fracture en deux (les antis et les pros)
– Les adultes ont vécu des situations particulièrement dures qui ont marquées leur vie. Cela rend tout particulièrement difficile ce que nous imaginons être la bonne intégration, au-delà des différences culturelles, et de modes de vie. D’autant plus qu’ils n’ont pas pu trouver de travail et sont toujours en situation « d’assistance ». Situation difficile à vivre pour eux. Les enfants s’inscrivent plus directement dans la vie ici.
– Cet accueil soutenu par la Préfecture, les fonds européens, amène des moyens au travers de Forum réfugiés, de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration.
– L’accueil à Montrottier représente un espace de répit pour se soigner, prendre soin de soi. Un moment indispensable pour envisager un projet de vie soit ici soit ailleurs en France.

 

 

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Militants et associatifs ont été reçus par Bernard Chaverot, Marie-Hélène Tonin et Henri.