Agriculture biologique : Corinne Morel Darleux entre libellules dépressives, Pier Paolo Pasolini Georges Didi-Huberman

La délibération commençait pourtant bien, dans son constat de la bio comme secteur à développer.

Notre groupe du Rassemblement aurait volontiers rajouté les bénéfices en matière d’environnement, de santé, ou de résistance face à la crise et à la fluctuation des marchés… Mais enfin ça commençait bien.

Bien aussi, l’approche filière, de l’amont à l’aval en passant par l’accompagnement.

Voilà pour les points positifs.

Le problème – le premier – c’est qu’il nous est demandé de voter un texte et des axes d’action, sans les budgets qui leur seront alloués : ceux-ci ne figurent même pas en annexe.

Il aura fallu les demander en commission. L’exécutif aurait tout de même pu imaginer que les élus avaient besoin, pour voter en toute connaissance de cause, de connaître les budgets afférents.

Nous avons donc finalement reçu un tableau. Après le dépôt des amendements.

Et nous avons eu la surprise de voir que ce document est daté du 25 octobre dernier. Dommage qu’il ait fallu le réclamer et qu’il ait mis presque un mois pour nous arriver.

Selon ces chiffres, ce sera donc :

  • 500 000 euros en moins pour la FRAB,
  • la fin de la subvention de 75.000 euros pour l’Atelier paysan et des 30.000 euros pour le pôle de concertation Appuibio.
  • Un budget pour les filières courtes et le réseau des AMAP ridiculement bas, et seulement 9.000 euros sur 2,7 millions pour sensibiliser les agriculteurs conventionnels !
  • Exit aussi Terre de liens, finies la revue la luciole, les fermes de démonstration…
  • Sans compter les co-financements induits qui vont être erdus, et ce au moment même où, avec la loi Notre, les départements risquent de se désengager.

Les réseaux de producteurs, les associations, les organismes nationaux à vocation agricole et rurale : avec ce plan, comme pour les CDDRA, votre majorité casse tout ce qui avait été construit depuis des années.

Il nous est demandé de voter le principes d’aides publiques à l’industrie agro-alimentaire à l’aveugle, sans aucun critère de conditionnalité.

Rien sur les cantines de nos lycées, rien sur le foncier.

La région se prive elle-même de ses propres leviers et introduit le loup dans la bergerie avec l’arrivée sur le secteur de l’AB de l’ARIA, présidée par un ancien directeur de la communication de Limagrain. Pour développer la bio…

On prétend que la priorité doit être donnée aux circuits régionaux mais on met en place des dispositifs d’aide à l’export.

On prétend vouloir augmenter le nombre de producteurs bio, tout en persistant à soutenir des projets qui bétonnent les terres agricoles.

Ce n’est pas le plan de développement de la bio de la Région que vous nous demandez de voter, mais le plan bio de la majorité.

Ce plan a été construit non en fonction d’objectifs politiques, d’intérêt général, mais en fonction de qui vous aviez d’ores et déjà choisi de financer, avec au final une chambre régionale d’agriculture qui se retrouve juge et partie : non seulement c’est à elle qu’a été confiée le dispositif d’élaboration de cette délibération dont elle sort grande gagnante, mais en plus elle pilotera elle-même le comité régional qui doit lui commander des prestations.

Au final, ce plan bio du conseil régional pourrait bien signer la disparition des lucioles – et avant de me renvoyer aux libellules dépressives, je vous invite à relire Pier Paolo Pasolini et à Georges Didi-Huberman.

Nous voterons contre.