Droit de réponse : quand Laurent Wauquiez accuse le groupe RCES de complaisance vis-à-vis des incendies criminels dans les exploitations agricoles

 

Nous avons demandé un droit de réponse en session, Monsieur Wauquiez n’a pas souhaité l’entendre. Nous le faisons donc par voie de presse.

Il y a quelques semaines, des exploitations agricoles de la Drôme et de l’Isère ont du faire face à des actes criminels : des incendies causant la mort de plusieurs génisses.

Les élus régionaux RCES ont condamné ces actes par la voix de Corinne Morel Darleux en assemblée régionale : « Entendre ses bêtes hurler puis se taire, résignées, dans les flammes. Les imaginer mourir incendiées, comme cela a été rapporté, est un drame insoutenable (…) L’indignation est unanime face à ces incendies, et nous la partageons sans réserve ».

Or, le Président Wauquiez avait semble-t-il prévu avant même d’entendre nos propos d’attaquer le groupe RCES sur ce sujet. Il n’a visiblement pas écouté l’intervention et a immédiatement reproché à notre élue de ne pas condamner ces actes et de ne parler que de réchauffement climatique.

Il s’est ensuite lancé dans une diatribe contre l’agribashing, mêlant à ces actes criminels les mouvements vegan, les militants antispécistes et autres « écologistes radicalisés », insinuant plus généralement que les discours écologistes et en faveur d’une autre agriculture encourageaient de tels actes et portaient une responsabilité.

Vous trouverez ci-dessous l’intervention intégrale de Corinne Morel Darleux.

Celle-ci réagit en ces termes : « Monsieur Wauquiez s’aventure sur des amalgames malhonnêtes et dangereux, qui ne sont pas de nature à apaiser les choses. Au nom d’une émotion dont il n’a pas le monopole, car s’il s’agit de « regarder dans les yeux » des paysans je me permets de lui rappeler que je ne vis pas dans un gratte-ciel, il jette de l’huile sur le feu et, plus grave encore, sous-entend que nous serions complaisants, voire de connivence avec des actes criminels. C’est une insinuation grave, on parle de pénal. Ces propos se situent à la limite de la diffamation. Ils sont d’autant plus décevants venant du président de la Région que les débats en commission Agriculture se déroulent généralement dans le respect des désaccords et que nous avons su travailler ensemble, à chaque fois que les mesures d’urgence l’exigeaient. La place de l’agriculture dans notre société mérite mieux que ces raccourcis faux, et pour tout dire assez honteux. »

 

LA RÉGION SOLIDAIRE AVEC LES AGRICULTEURS Rapport n° 3775
Intervention de Corinne Morel Darleux

On le dit, session après session, la situation de l’agriculture devient franchement catastrophique. On n’avait vraiment pas besoin de ça. Entendre ses bêtes hurler puis se taire, résignées, dans les flammes. Les imaginer mourir incendiées, comme cela a été rapporté, est un drame insoutenable.
Et ce n’est que le dernier d’une longue série, comme on vient d’en parler : gel en avril, grêle fin juin, canicule et sécheresses à répétition, chute de neige en novembre sur des arbres encore couverts de feuilles…
Des chutes de neige qui ont abouti dans la Drôme à des ruptures d’approvisionnement et d’électricité, qui ont aussi conduit à un vol de carburant pour groupe électrogène dans un élevage industriel qui a entraîné la mort de 25.000 poulets, morts asphyxiés. Je tenais à en parler également.
Autant d’aléas qui sont de moins en moins naturels mais aggravés, intensifiés, démultipliés ou rendus plus imprévisibles, selon les cas, par les activités humaines et leur recours démesuré aux énergies fossiles, à la déforestation et aux flux mondialisés de marchandises.
C’est ce qu’on appelle l’anthropocène, le réchauffement climatique, que nul ne peut plus ignorer face aux multiples rapports scientifiques, et face auxquels l’inaction va finir par devenir elle aussi criminelle.
Permettez, puisque nous sommes à la fin de l’année, que nous formions un voeu : l’indignation est unanime face à ces incendies, et nous la partageons sans réserve,
puisse-t-elle le devenir également face à la bétonisation des terres agricoles, à la pollution des sols, aux marges de la grande distribution, à une PAC inégalitaire et aux traités de libre échange qui tuent à petit feu la paysannerie et dont nul ne peut plus ignorer les conséquences.
Nous voterons bien sur ce rapport, et continuerons à défendre les producteurs contre toutes les atteintes à une agriculture vivrière, locale, saine, respectueuse du vivant, des écosystèmes et rémunératrice pour les paysans