Quand la grève des cheminots a bon dos …

Les cheminots sont en grève contre la réforme ferroviaire portée par l’Etat depuis le 3 avril dernier. La mécanique est bien rodée. 2 jours grévés, 3 jours non grévés et ainsi de suite.

Pourtant en Auvergne Rhône Alpes, c’est un autre ballet qui est en train de se jouer. Prenons le dimanche 20 mai. C’est un jour non grévé. Les TER doivent circuler et offrir aux usagers le service habituel. Pourtant, ce jour-là, n’ont circulé qu’un train sur deux entre Villefranche et Lyon, deux trains sur cinq entre Clermont et Nîmes, et sur la liaison Lozanne / Tassin, les 10 trains prévus ont été supprimés.

Ainsi, la direction régionale de la SNCF n’assure pas le service qu’elle est censée offrir aux voyageurs. Or l’entreprise SNCF est placée sous l’autorité de la Région Auvergne Rhône Alpes. L’exécutif régional doit taper du poing sur la table pour que la SNCF rétablisse ces liaisons. La menace financière ne suffira pas. Laurent Wauquiez réclame d’ores et déjà des pénalités à la SNCF, mais les suppressions de trains se faisant sur des lignes secondaires, il est probable que le montant de celles-ci n’effraie pas la direction de la SNCF.

L’enjeu est gigantesque. Sous prétexte de la grève des cheminots, la SNCF délaisse peu à peu les petites lignes et laisse des milliers d’usagers sur le carreau. Aujourd’hui, il est essentiel d’offrir à chacun une alternative à la voiture pour ses trajets du quotidien. La collectivité régionale a un rôle de premier plan à jouer. Depuis la loi NOTRe, il est établi que la compétence routière revient aux départements tandis que les régions s’occupent du ferroviaire. Pourtant, depuis le début de son mandat, et alors qu’aucune des deux anciennes régions ne le faisait, Laurent Wauquiez dépense des millions d’euros pour les routes. Il est même allé jusqu’à provisionner 132 millions d’euros pour la construction d’une autoroute. Les conséquences peuvent être gravissimes. A l’heure où les effets du changement climatiques sont de plus en plus visibles et où les conséquences sanitaires de la pollution atmosphérique ne sont plus à prouver, continuer à financer des routes pour délaisser le train est criminel.

Ainsi, au lieu de saupoudrer d’argent public les projets routiers des départements, Laurent Wauquiez ferait mieux de s’assurer que les TER circulent dans sa Région et de mettre les moyens sur les lignes les plus menacées. Les usagers, qui se voient privés de train, même lorsque les cheminots ne sont pas en grève doivent être entendus. La Région doit imposer à la direction de la SNCF un geste commercial fort, notamment pour les abonnés qui ont été forcés de reprendre leur voiture, multipliant ainsi les coûts pour eux et la société. 50% de remboursement, ce n’est pas assez. C’est 100% pour chaque mois de grève qu’il faut atteindre.

Nous sommes très inquiets de la stratégie de la SNCF doublée de l’inaction de la Région en matière de ferroviaire. Il faut réagir vite pour ne pas louper le train du 21ème siècle.

Jean-Charles Kohlhaas

Corinne Morel Darleux

Fabienne Grebert