Intervention de Corinne Morel Darleux sur le plan neige : « Se méfier des solutions simplistes qui s’avèrent pire que le mal »

Il faut parfois se méfier des solutions simplistes, comme se dire : « il n’y a plus de neige, qu’à cela ne tienne, on va mettre des canons ».

Parfois le remède s’avère pire que le mal.

D’abord, ce plan Neige ne va pas aider les petites stations vulnérables, mais au contraire les précipiter dans l’endettement, surtout en moyenne montagne, où l’augmentation des températures ne permettra pas de faire fonctionner les canons.

Ensuite, l’enneigement artificiel n’est pas « propre » : un hectare enneigé au canon c’est tout de même 4.000 m3 d’eau et 25.000 kilowatts !

Avec une telle gabegie, non seulement on ne répond pas au changement climatique, mais on l’aggrave, en accélérant du même coup le manque de neige ! C’est assez typique de la fausse bonne solution.

Et puis, Monsieur Chabert nous disait en commission : « En hiver, pas de neige, pas de client. Le reste c’est du folklore ». Passons sur le mépris contenu dans ce terme.

Oui, les skieurs guettent la météo : cela fait partie de la culture du ski. Et quand il neige, la fréquentation est multipliée par 5. Mais ce n’est pas le cas avec les canons.

Les stations qui les utilisent en début de saison, comme en 2014 et en 2015, n’atteignent jamais – et de très loin – leurs chiffres habituels.

Ces équipements vont faire augmenter les forfaits, on va perdre les locaux, les jeunes, et les skieurs les plus aisés eux iront skier ailleurs, plus loin, plus haut, là où la neige est tombée. On n’aura rien gagné.

Où est la vision à long terme de l’économie des stations ?

Où est l’accompagnement des acteurs pour s’adapter et se diversifier ?

C’est aujourd’hui qu’il faut investir dans le tourisme des 4 saisons.

Or il n’y a dans ce Plan Neige aucune anticipation du changement de modèle vital pour notre Région.

En fin de compte il y a un peut-être un seul point de vrai, quand Monsieur Chabert nous dit, sur l’appel à projets, que « ce sera toujours un copain à [lui] dans la montagne ». Même si, dans mes rencontres avec les acteurs, je n’ai pas rencontré que des fans…

Ce 1er acte d’un futur Plan Montagne néglige les habitants, les refuges, la randonnée, les gites, la pleine nature, l’été, et les 97% de montagne restants.

On nous parle de 4 autres actes, mais nous n’avons aucune réponse ni sur le budget ni sur le calendrier…

Au final, aujourd’hui c’est uniquement un plan Neige, très réducteur et prométhéen, que vous nous proposez.

Promettre de la neige à Noël à tout prix, c’est nager en plein déni.

Vouloir maitriser à tout prix la montagne, en gommer les aléas et les aspérités, c’est en nier toute la singularité et la beauté.

Nos montagnes méritent mieux. Nos stations aussi. Nous voterons contre ce plan.