Intervention de Jean-Charles Kohlhaas sur le budget primitif

M. le Président,

Le vote du premier budget de votre mandature augure mal du mandat. Votre désir impérieux de

faire de notre Région fusionnée, la première à voter son budget, vous aura conduit à bâcler le document et la procédure.

Vous avez reporté les commissions au dernier moment, ne permettant pas à tous les élus, ni même à tous vos vice-présidents d’être présents.

Vous avez envoyé les documents au dernier moment…

Vos vice-présidents n’ont pu répondre à nos questions précises sur les évolutions de telle ou telle dépense de leur budget.

Vous ne nous donner pas les précisions que nous vous demandons par écrit.

Enfin, vous déclarez « irrecevables » certains amendements sous divers prétextes :

Vous dites : « un gage sur une inscription de recettes prétendument sous-estimée n’est pas recevable ». Votre inscription de recettes sur les cartes grises est en totale contradiction avec ce que disent les médias. Elle est inférieure de 10 M€ à ce qu’on peut estimer tout en restant pondéré. Nous pensons donc que c’est votre estimation qui est irrecevable et doutons de la sincérité de vos prévisions de recettes

Vous dites aussi : « L’emprunt ne peut être considéré comme une recette clairement identifiée »… Pourtant, vous le mobilisez bien pour équilibrer votre budget et la jurisprudence est claire : « les amendements peuvent être équilibrés par des diminutions en investissement, ou par une augmentation de l’emprunt ».

Vous nous aviez dit vouloir des débats de fond sur ce budget. En réalité vous les effacer d’un coup de procédure, donc de forme, fort discutable… Mais « la forme, c’est le fond qui remonte à la surface », disait V. Hugo et en l’espèce, elle n’est pas très reluisante.

Nous voulions débattre de sujets de fond, au travers de nos amendements, vous nous le refuser. Vous refusez de débattre de coopération internationale. Mais la mondialisation ne concerne pas que l’économie. La réduction drastique de ce budget va provoquer des suppressions de projets ayant pour objectif d’œuvrer pour l’autonomie alimentaire, la relocalisation de l’économie, l’autonomie des peuples, la promotion de la démocratie… La coopération internationale, c’est aussi œuvrer pour la paix. Au-delà des dizaines d’emplois que vous allez supprimer dans notre région, il est urgent de diminuer le nombre d’hommes, de femmes et d’enfants poussés sur les routes pour sauver leurs vies, que ce soit pour des raisons climatiques, économiques, politiques, voire les trois réunies.

Vous refusez de débattre de formation professionnelle et de notre souhait de garantir à toute personne sans emploi de notre région, une qualification de niveau V. Pourtant, dans un contexte de marché du travail préoccupant, l’obtention d’une qualification reste un atout indispensable pour accéder à l’emploi.

Vous refusez de débattre de la culture que vous amputez fortement. Pourtant, culture, éducation et démocratie sont les meilleurs remparts contre l’obscurantisme, source des pires violences. Le soutien régional dans ces domaines est primordial pour une société apaisée et constitutif de dizaines d’emplois non délocalisables.

Vous refusez de débattre de politique de la ville. Pourtant, ces actions concourent à l’amélioration du quotidien des habitants des quartiers prioritaires, confrontés à d’importantes difficultés sociales, en augmentation depuis le début de la crise économique. Ces actions sont en outre créatrices d’emplois, notamment dans le BTP. Vous refusez de débattre du financement des associations environnementales que, vous tentez de démanteler. Pourtant, elles défendent nos biens communs. Elles assurent un travail d’intérêt général notamment d’éducation à l’environnement. En cela, elles rendent un service public à un coût bien inférieur à celui des collectivités. La baisse des subventions aboutira à plus d’une centaine de suppressions d’emplois.

Vous refusez de débattre du tissu des associations et réseaux d’acteurs locaux en agriculture. Or, l’animation et l’accompagnement territorial, notamment dans les zones les plus rurales et auprès des situations les plus dégradées, sont aujourd’hui assurés avec compétence et depuis des années par ces réseaux complémentaires aux chambres. Sur certains dispositifs ils se révèlent même plus efficaces et moins coûteux : aide aux circuits courts, installation-transmission, conversion à l’agriculture bio et paysanne, solidarité et action juridique…. En outre, contrairement aux organismes consulaires, ils n’ont accès aux financements européens que grâce aux aides régionales. Nos paysans en ont besoin, et nous avons besoin de nos paysans.

Vous refusez de débattre d’habitat. Entre 50 000 et 80 000 logements ont besoin d’être rénové dans notre région, par an. Un logement rénové c’est une meilleure qualité de vie et une facture d’énergie réduite. Vous prévoyez une baisse de 5 millions d’euros, et donc moins d’emplois dans le BTP.

Votre dogmatisme vous amène dans la direction inverse de vos objectifs. Non la Région n’est pas très endettée. Elle est dans la moyenne des communes de 1000 habitants, qui n’ont pas les mêmes types de dépenses. La Région doit investir dans la transition énergétique, les infrastructures ferroviaires, la rénovation des lycées. Ces investissements s’amortissent sur 40 à 50 ans et permettent des économies de fonctionnement.

Vous relancez l’investissement au niveau moyen d’avant la mauvaise année de 2015, alors qu’il faudrait l’augmenter de 25%. La commande publique représente une part énorme de l’activité des entreprises. En période de récession, avec des taux d’intérêts nuls voire négatifs, lancer un grand plan d’investissements sur ces trois secteurs relèverait d’un courage et d’un volontarisme politique, permettant de créer des dizaines de milliers d’emplois. Emprunter pour cela relèverait d’une vision.

Un président de Région doit plus ressembler à un bâtisseur d’infrastructures, à un investisseur d’avenir, à un entrepreneur d’intérêt général qu’au bon père de famille que vous revendiquez être.