Intervention de Jean-Charles Kohlhaas : débat d’orientations budgétaires ou l’heure des contre vérités

 

 

M le Président, M. le vice-président,

 

Ce qui nuit le plus à la démocratie,

Ce n’est pas le retour d’idées abjectes dans le débat public, c’est justement par plus de démocratie que nous les combattrons,

Ce ne sont pas les infractions à la loi ou à l’éthique que certains de nos grands élus s’autorisent, c’est justement par la justice et la transparence que nous les combattons,

Non, ce qui nuit le plus à la démocratie, c’est que la gestion des affaires publiques dans l’intérêt général, qui était la mission ordinaire des élu(e)s de la république, soit devenue accessoire. La communication politique a supplanté l’action pour devenir la première préoccupation des élu(e)s de nombreux bords.

Vous êtes, M. le président, l’un des grands spécialistes de cette communication. Dans les différents débats budgétaires que nous avons eu, vous ne cessez de répéter certaines contre-vérités.

Vous dites avoir amélioré le ratio d’endettement. C’est vrai, mais vous avez augmenté la dette à long terme de la Région de 127M€, puisqu’en 2016, la Région a emprunté 286M€ et remboursé 159M€.

Vous dites avoir relancé l’investissement. Il est vrai que celui-ci s’était dégradé en fin de mandat dans les 2 régions, Auvergne et Rhône-Alpes. Mais l’investissement que vous avez réalisé en 2016 est dans la moyenne des investissements des mandats précédents et si on retire les 82M€ de la transformation du crédit bail (fonctionnement) en emprunt (investissement), vous aurez investi nettement moins…

Vous annoncez un plan Marshall pour les lycées. 1,5 MM€ sur le mandat. C’est en moyenne ce qui a été investi sur le mandat précédent par les deux régions… Mais comme vous y incluez des dépenses de sécurité nouvelles et que l’indice BTP n’a pas baissé, votre plan Marshall correspond à moins de travaux de rénovation et de transition énergétique que sous le mandat précédent. Pourtant ces travaux sur notre patrimoine immobilier, c’est de l’investissement local compensé par des économies de fonctionnement pour la Région (énergie, maintenance…).

En revanche vous annoncez avoir augmenté la capacité d’autofinancement, et là, c’est vrai et c’est ce qui vous permet de diminuer le ratio de désendettement tout en augmentant la dette.

Mais à quel prix ! 130M€ de dépenses de fonctionnement en moins, bien plus que les 75M€ prévus.

Vous dites avoir baissé le train de vie du conseil régional. Certes, mais cette baisse ne représente que 9,5M€ sur les 130…

Vous vouliez réaliser 75M€ d’économie, vous en avez réellement réalisé 64M€, ce qui est déjà pas mal. Les 66M€ restant, vous ne les souhaitiez pas :

38M€ en formation, de dépenses utiles , que vous souhaitiez réaliser, mais que vous n’avez pas réussi à mettre en œuvre

18M€ de trains, qui devaient desservir nos territoires, mais que la direction de la SNCF n’a pas réussi à faire circuler. Si la direction de la SNCF continue à dégrader le service en supprimant des trains et en fermant des gares, cela peut vous arranger, pour les prochains budgets.

Et 10M€ d’aides aux entreprises, que vous aviez prévu de dépenser, mais qui n’ont pu l’être…

Ces restrictions budgétaires, vous les avez réalisées à l’insu de votre plein gré, doivent-elles perdurer ?

Vous laissez entendre régulièrement que nous serions des inflationnistes des dépenses, des ennemis des économies. Là aussi, c’est du prosélytisme ordinaire.

Nous pensons qu’il y avait des économies utiles et nous l’avions dit sous les mandats précédent.

Il y a celles que vous taillez à la hache, dans la vie associative, la culture, l’environnement… et qui ont entraîné des centaines de pertes d’emploi utiles, en totale contradiction avec votre discours.

Enfin, il y a les effectifs. Vous nous annoncez 8223 emplois permanents. Il y a toujours une légère différence entre les emplois inscrits et les emplois pourvus.  Fin 2015, il y avait 610 emplois non pourvus, soit 7,5 %. Fin 2016, 656, soit 8 % et là, vous nous annoncez 900 emplois non pourvus, soit 11 %. Si quelques uns peuvent correspondre à des doublons supprimés grâce à la fusion des Régions, la très grande majorité sont des non remplacements, qui font souffrir nos services et nos agents, voire mettent en péril la réalisation de nos missions, comme dans certains lycées.

 

Tout cela est issu des documents comptables que vous nous avez transmis et je dois reconnaître qu’un grand nombre de ces points avaient où ont été évoqués dans les rapports du CESER. Il est surprenant que l’agence Standard & Poors, n’en ait pas relevé quelques-uns. A moins qu’ils ne descendent pas à ce niveau de détail…

 

Vous nous faites penser à quelqu’un qui se coupe une jambe pour faire l’économie de l’achat d’une chaussure. A la vitesse à laquelle vous semblez vouloir monter les marches, c’est dangereux…