Jean-Charles Kohlhaas à Laurent Wauquiez : « Est-ce Molière qui vous fait jouer tantôt Tartuffe, tantôt Scapin ? »

 

Monsieur  le Président,

Décidément, chaque présentation d’un rapport budgétaire se transforme en un long panégyrique. Vous êtes les meilleurs, les plus forts, les plus grands, les plus beaux… C’est sans doute vrai, puisque vous ressentez le besoin de le dire, de le redire et de le répéter…

Pour cela, vous n’hésitez pas à tordre les faits et encore plus les chiffres.

Est-ce Molière qui vous fait jouer tantôt Tartuffe, tantôt Scapin ?

Vous reprochez à l’État de ne pas respecter ses engagements, de pressuriser les collectivités territoriales et de recentraliser. Vous accusez le ministre de l’intérieur de clientélisme. Vous n’avez, bien sûr, pas tort. Mais ce n’est pas nouveau, et même lorsque vous étiez au gouvernement. La Région elle-même, depuis 2016, n’a eu de cesse de renier ses engagements en cassant les contrats, les conventions pluriannuelles avec les territoires et les associations. Et pour le clientélisme, sans doute que pour être « dévot, vous n’en êtes pas moins homme », comme disait Tartuffe.

Certaines autres affirmations relèvent plutôt des fourberies :

Vous dites « lutter contre le gaspillage administratif pour dégager 300M€ d’économies ». Comme si le budget de fonctionnement de la Région ne finançait que l’administration, alors qu’il va majoritairement financer des actions : les transports, les lycées, la formation… En réalité le coût de fonctionnement administratif de la Région sera diminué de 2M€.

Vous dites « baisser la fiscalité ». Si j’étais fourbe comme vous l’avez été, je vous dirais que la fiscalité a augmenté de plus d’un milliard en deux ans. Sans les transferts, si les taux sont stables, les bases augmentent. Et donc, même sur le peu d’impôts régionaux, la fiscalité augmente…

Vous dites augmenter fortement l’investissement. Vous aviez prévu près de 900M€ en 2016, vous n’avez réalisé que 750M€ en réalité. A peine mieux qu’en 2015. Nous jugerons donc plutôt sur les résultats réels…

Vous dites baisser l’endettement. Alors que la dette réelle a augmenté de 80M€ en 2016 et que vous prévoyez encore de l’augmenter.

Vous annoncez 1,5MM€ pour les lycées soit moins que sous l’ancien mandat, puisque vous y incluez de nouvelles dépenses.

En revanche, votre plan d’économies est bien réel. En tout cas certains auvergnats et rhônalpins s’en rendent réellement compte. Nous avons déjà cité maintes fois les associations, la culture, l’environnement… mais les deux plus gros secteurs qui subissent la casse de votre politique sont la formation professionnelle et les emplois régionaux.

Vous remettez en question le droit à la formation en conditionnant l’accès à la formation à une promesse d’embauche. Vous mettez à mal un service public régional qui va sur les territoires les plus éloignés et qui s’adresse aux plus précaires. Vous auriez pu vous contenter d’avoir une vision très rétrograde de la formation professionnelle. Et nous aurions aimé en débattre en assemblée. Las, vous ne vous contentez pas de réorientez, vous cassez : après 45M€ de non réalisé en 2016 vous prévoyez encore une baisse. Il ne s’agit pas d’un meilleur pilotage, mais de la suppression de milliers de journées de formations à destination de publics qui en ont besoin.

Les effectifs de la Région fondent. Il y a toujours un écart entre les postes inscrits au budget et les postes pourvus, de l’ordre de 5 à 8 %. Nous atteignons 12 % globalement et 16 % sur la filière administrative, c’est à dire les agents qui travaillent au siège, à la mise en œuvre des politiques régionales.

 

A vous lire, on a l’impression que la priorité absolue de l’exécutif régional est la notation  de Standard & Poors.

Si nous pouvons partager l’idée qu’une collectivité territoriale se doit d’avoir une gestion saine et rigoureuse, nous voudrions vous rappeler que cette gestion de l’argent public doit être au service des habitants, de tous les habitants. L’intérêt général doit guider le sens des politiques régionales.

Pour cela, d’autres critères doivent évaluer l’action publique. Au 21ème siècle, les objectifs des collectivités sont :

la réduction de l’empreinte écologique, au vu des enjeux climatiques et de biodiversité qui menacent nos populations,

le développement humain, avec les questions de formations et d’emploi, mais aussi d’alimentation, de solidarités…

la santé sociale, avec la culture, la vie associative, l’accès aux services publics et aux biens communs…

Il semble évident que vos budgets successifs s’éloignent de ces priorités et qu’à l’aune de ces critères, la notation de la Région serait sans doute très médiocre. Même sur les sujets d’économie et d’emplois, vos politiques ont supprimé beaucoup plus d’emplois qu’elles n’en ont créés.

Alors, régulièrement vous nous demandez d’être une opposition constructive, de faire des propositions. Régulièrement nous en faisons. Souvent vous ne les regardez même pas. Parfois, vous osez dire que c’est intéressant, que nous avons raison, mais qu’on en reparlera, qu’on verra plus tard…

Nous vous proposerons quelques amendements liés à l’économie réelle de la région, aux besoins des habitants, à l’intérêt général… pour tenter d’améliorer un peu la mauvaise évaluation de la Région au regard des indicateurs de richesse au service des politiques publiques.

 

Nos amendements

Investissement énergétique dans les lycées publics

Régionalisation du scénario négawatt

Installation de capteurs de pollution de l’air

Rénovation thermique des bâtiments

Rénovation thermique des bâtiments

Report modal immédiat

Amélioration de la ligne Saint Etienne / Lyon

Protection des lycéens face au risque nucléaire

Surveillance de la radioactivité

Agir pour la prévention

Solidarité avec les migrants

Soutien aux maisons des lycées

Encourager les voyages actifs

Permettre aux paysans de prendre du repos

Du bio dans les cantines

Augmenter l’aide au développement

Des contrats « montagne en transition »

Adaptation des politiques de montagne au changement climatique

Une politique ambitieuse pour la vie associative

Former aux métiers de demain

Une politique de la ville pour l’emploi

Un tourisme adapté au changement climatique

Améliorer le cadre de vie dans les quartiers

Créer un label régional de l’entreuprenariat social

Créer un label régional de l’entreuprenariat social

Soutenir les métiers d’art

Lancer un plan régional pour l’agroforesterie

Ne pas recourir aux banques ayant des filiales dans les paradis fiscaux