Jean-Charles Kohlhaas « Vite un choc d’investissement, vers la transition écologique »

 

M le Président, M. le vice-président,

Ce rapport d’orientation budgétaire est quasiment un copié-collé du précédent, auriez-vous un coup de mou ?

Comme le précédent, il assène des contre vérités. Si la répétition est une méthode efficace en pédagogie, répéter des mensonges n’en font pas des vérités.

Vous dites avoir baissé le fonctionnement grâce à des économies sur les moyens généraux : c’est faux. C’est sur les actions régionales des grandes compétences que vous faites le plus d’économies : sacrifice de la formation des chômeurs, baisse des dotations des lycées, renoncements en vie associative et culture…, Vous avez été ravis des grèves des cheminots, qui vous ont fait faire de sacrés économies. Vous vous félicitez même que les projets du gouvernement pourraient en entraîner d’autres. Les citoyens apprécieront. Et que dire des emplois non pourvus, dans notre administration, qui a de plus en plus de mal à répondre au dynamisme de nos territoires et à réaliser nos missions.

Vous dites que « l’investissement avait beaucoup baissé » et que vous réalisez « un choc d’investissement ». Vous atteignez là le comble de l’escroquerie : sous le précédent mandat, les deux Régions ont investi 811M€ en moyenne par an. En 2016 vous n’avez réalisé qu’à peine 750M€ si l’on retire votre tour de passe-passe comptable de transformation d’un crédit bail en emprunt. En 2017, vous atteignez péniblement les 760M€ auxquels vous ajoutiez des cautionnements et avances remboursables pour faire bonne figure. Le constat est partagé. Vous cherchez par tous les moyens à augmenter vos investissements, vous lançant dans toutes les directions, mais, pour l’instant, vous cachez mal votre naufrage.

Vous convoquez tambours et trompettes pour un plan Marshall pour les lycées : 250M€ par an sur six ans. Pour les gros travaux des lycées publics, mais aussi pour les petits travaux, mais aussi pour la sécurité, mais aussi pour les lycées privés. Tout dans cette ENORME enveloppe de 250M€ par an. Sous le précédent mandat, la même somme, 250M€ par an, a été investie pour les seuls gros travaux des lycées publics. Vous faites donc moins que vos prédécesseurs, qui n’avaient, selon vos propos, pas assez fait…

Vous dites avoir « amélioré la capacité de désendettement ». Vous l’avez baissé, c’est vrai, mais est-ce mieux ? Surtout avec les taux actuels. 4 ans, c’est ridicule. La Cour des Comptes préconise 7 ans. Cela démontre simplement que la région tourne en sous régime, que le moteur broute, et que vous ne répondez donc pas aux besoins des habitants d’Auvergne-Rhône-Alpes.

Quand vous êtes arrivé, tel le justicier (libéral) masqué, surgit du fond de la nuit (écologiste), vous claironniez que vous alliez créer 70 000 emplois, grâce à votre politique. Si on prend en compte tous les chômeurs (les radiés, les formations temporaires…) en Auvergne-Rhône-Alpes, ils étaient 620 620 en juin 2015, 637 500 en juin 2016 et sont 645 210 en juin 2018. Soit près de 4 % supplémentaire, malgré la croissance, qui a tout fait pour vous aider…

Nous sommes au 21ème siècle, confrontés à un dérèglement climatique de plus en plus visible et dangereux pour notre économie et notre survie, confrontés à une perte de biodiversité sans précédent, confrontés à une aggravation des inégalités et à une pauvreté plus injuste qu’au sortir de la deuxième guerre mondiale. Les solutions que vous nous proposez ne sont pas plus efficaces que celles de vos prédécesseurs. Elles datent même pour certaines d’une nostalgie des trente glorieuses et d’une vision pompidolienne.

Nous sommes en 2018. Les experts nous donnent 12 ans pour un virage à 180°. 12 ans, pour peu de chose…, juste tenter de sauver l’humanité. Pour réussir, vous devriez faire un vrai choc d’investissement ! Dans la transition énergétique des bâtiments, dans la construction et la rénovation de dizaine de milliers de logements, dans le développement massif des alternatives aux énergies fossiles, dans la mobilité comme dans l’agriculture… Cela créerait des centaines de milliers d’emplois, selon les économistes qui y ont travaillé. Mais cela nécessiterait de changer de logiciel, de changer de culture, de changer d’époque. De préparer la société post-croissance, de prendre à bras le corps la transition écologique.

Tout cela est à l’opposé de vos orientations politiques et donc budgétaires.