« Quand le Président de ta Région fait rimer transition écologique avec rentabilité pour Engie et Michelin »

Les élus régionaux du Rassemblement citoyen, écologiste et solidaire sortent chaque vendredi la wauquiezerie de la semaine. Voici en exclusivité ce que pourrait être celle de la semaine prochaine :

« Quand le Président de ta Région fait rimer transition écologique avec rentabilité pour Engie et Michelin »

En effet, vendredi 15 février, sera soumis au vote de la commission permanente l’entrée au capital de la Région Auvergne Rhône Alpes dans la société Hympulsion SAS. La Région deviendra coactionnaire d’une société commerciale avec les multinationales Engie et Michelin (multinationale pointée par l’observatoire des multinationales comme augmentant son chiffre d’affaire mais baissant ses effectifs).

La somme investie dans cette société est de l’ordre de 8 millions d’€. Cette somme est bien évidemment imputée au budget…environnement !

Mais alors comment en est-on arrivés là ?

En 2017, la Région lance un dispositif d’aide à l’acquisition de véhicules propres dans la vallée de l’Arve, territoire extrêmement touché par la pollution de l’air. Il s’agissait d’accompagner les professionnels vers l’utilisation de motorisation dites plus vertueuses : hydrogène, GNV, électricité.

Puis, la Région remporte un appel à projet européen intitulé « Zero emission valley » dont l’objet le déploiement de véhicules à pile à combustible et de stations à hydrogène dans toute la région. A ce moment-là, dans un communiqué de presse, la Région annonce la création d’une SEM (Société d’Economie Mixte) avec tous les acteurs de la filière hydrogène, des mobilités saines et du déploiement de flotte automobile dont Engie et Michelin.

En juin 2018, au détour d’une délibération sur la stratégie environnementale, est évoquée la création d’une société avec Engie et Michelin. Méfiants, les élus du Rassemblement citoyen, écologiste et solidaire s’abstiennent.

Les conseillers régionaux sont sans nouvelle du projet jusqu’à ce qu’on leur demande de voter vendredi 15 février 2019 sur l’entrée au capital de la SAS Hympulsion. La Région y sera l’actionnaire majoritaire avec 33% des parts, suive de Michelin (22,8%), Engie (22,8%), la caisse des dépôts (16,9%) et le Crédit Agricole (4,6%). Le projet n’est donc plus du tout une SEM dont l’intérêt était que le capital aurait été détenu majoritairement par le public.

 

Ce montage financier pourquoi faire ?

L’objet de cette SAS est le financement, la réalisation, le déploiement et l’exploitation d’infrastructures de production d’hydrogène principalement renouvelable et de stations de rechargement, et tous services associés.

Cette SAS recevra 6,6 millions d’€ de l’Union Européenne pour le projet « zero emission valley ». Cette SAS prétend obtenir une subvention de 20 millions d’€ de l’ADEME. En plus des 8 millions d’€ de la Région Auvergne Rhône Alpes, c’est donc 37 millions d’€ d’argent public que cette société pourrait toucher. A noter que la caisse des dépôts investirait 3,7 millions d’€ également. La première action serait de déployer 20 stations de distribution d’hydrogène dont 15 serait dotées d’un électrolyseur.

Pourquoi les élus du Rassemblement citoyen écologiste et solidaire s’opposent à ce projet ?

D’abord, sous couvert de se préoccuper de la pollution de l’air dans la vallée de l’Arve, la Région Auvergne Rhône Alpes se retrouve à faire des affaires avec des multinationales. On passe de l’idée d’une société à majorité publique à une société commerciale sans aucune explication.

Si le projet européen « zero emission valley » est conditionné à l’utilisation de l’hydrogène issu d’énergies renouvelables, rien dans l’objet de la société indique que pour ses autres projets seront « propres ».

Selon l’Institut Français du Pétrole et des énergies nouvelles : « la production par électrolyse de l’eau est moins répandue car nettement plus coûteuse. Aujourd’hui 96 % de l’hydrogène est produit à partir d’énergie fossile (pétrole, gaz naturel et charbon), solution la plus rentable ». On peut aisément imaginer que cette société va poursuivre ses activités en développant l’hydrogène gris pour améliorer sa rentabilité.

Enfin, la logique même de ce projet est à interroger. L’installation des stations à hydrogène renforce le déploiement de la voiture individuelle. Pour les élus RCES, la mobilité décarbonée passe indiscutablement par le développement des transports collectifs. Ce projet conforte une mobilité basée sur l’automobile, les routes et l’autosolisme. Ce projet tend à pérenniser un modèle basé sur l’utilisation massive d’énergie et le développement de l’énergie nucléaire dont l’électricité peut être stockée et transformée par le biais de l’hydrogène.

Fabienne Grebert, élue RCES, membre de la commission environnement qui a alerté l’exécutif dès le 5 février par courrier explique : « Les élus RCES, s’ils avaient eu leur mot à dire aurait fait tout autrement : pour eux, le développement de l’hydrogène est une opportunité uniquement s’il est issu d’énergies renouvelables et s’il sert le développement des transports collectifs (notamment les lignes de trains non électrifiées) et de marchandises (fluvial). A l’heure où le changement climatique est déjà à l’œuvre, les politiques publiques doivent avant tout viser à la réduction des besoins d’énergie et à la transformation radicale de nos habitudes en matière de mobilité et de fret. Ainsi, la création de cette SAS ne sert en aucun cas l’intérêt général. Après les 3 millions d’€ pour les chasseurs, c’est un coup dur pour le budget environnement de la Région. »