RN88 : fait du prince Wauquiez, aux frais de la princesse

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Rappel des faits. La route nationale 88 est longue de 435kms et relie Lyon – Saint-Étienne et Albi – Toulouse. Le 28 novembre 1997, un décret déclare d’utilité publique les travaux d’aménagement de la RN88 à 2×2 voies sur le secteur d’Yssingeaux et la déviation St Hostien-Le Pertuis, en Haute-Loire. Il s’agit donc d’un projet d’Etat vieux de 25 ans, symptomatique d’une époque où l’usage de la voiture bondissait encore, où les préoccupations environnementales n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Le coût faramineux de ces opérations a empêché leur réalisation par l’Etat, tout en laissant planer l’ombre du projet devenu serpent de mer.  En 2017, ce projet emblématique d’un modèle de société obsolète est ressuscité par l’intervention de la Région Auvergne Rhône Alpes qui, par son président Laurent Wauquiez, sollicite un contrat de mandat avec l’Etat pour la maîtrise d’ouvrage de ces travaux. La Région vient donc se substituer à l’Etat, y compris sur le terrain budgétaire puisqu’elle engage les fonds régionaux à hauteur de 100% pour le doublement de la déviation d’Yssingeaux (soit 37,8M€) et de  87 %  pour la déviation 2X2voies de St Hostien et Le Pertuis.

Un projet inédit pour la Région et la Haute-Loire. C’est un fait inédit puisque cette compétence ne relève pas des régions, Auvergne-Rhône-Alpes vient donc se substituer à l’Etat.  C’est aussi un fait inédit pour la Haute-Loire qui, du haut de ses 227.000 habitants, va bénéficier d’un investissement en voirie de 264,3M€, dont 235,8M€ de fonds régionaux, du jamais vu depuis 30 ans. C’est l’équivalent du tiers du budget annuel de l’Etat consacré à la voirie sur l’intégralité du territoire national (1). Laurent Wauquiez se félicitait lui-même d’un « chantier historique pour la Haute-Loire », et on le comprend ! Le Président de Région, aussi Vice-Président de la communauté d’agglomération du Puy-En-Velay, va permettre la promotion de son intercommunalité avec les fonds de la Région.

Un projet largement contesté. Dès 1997 les voix se sont élevées. Aujourd’hui,  ces contestations sont plurielles : habitant·es, paysan·nes, associations, syndicats, élu·es… tou·te·s tendent à agir de concert sur leurs terrains respectifs, et les oppositions s’organisent pour s’inscrire en complémentarité,  d’où la naissance du collectif Lutte des sucs.  Elles ont notamment dénoncé les carences de l’enquête publique et les atteintes à l’environnement, incompatibles avec l’avis favorable émis par les commissaires enquêteurs.

Car au-delà du gouffre financier, c’est d’un gâchis environnemental dont il s’agit. Ce paysage grandiose, qui constitue l’attrait touristique du territoire, va être balafré par 10km 2X2 voies de bitume, 13 ouvrages d’art dont un viaduc. Ce projet va détruire 140 hectares d’espaces naturels et de forêts, dont au moins 20ha de zones humides. Des cours d’eau doivent être déplacés, un point de captage est d’ores et déjà susceptible d’être pollué, 80ha de terres agricoles vont être ruinées, 29 fermes touchées, des agriculteur·ice·s exproprié·es… Outre les réserves formulées par l’Autorité environnementale quant à l’absence de lisibilité de la prise en compte des objectifs « zéro artificialisation nette » et des engagement de la France en matière de neutralité carbone, le Conseil National de protection de la nature a émis un avis défavorable.

Malgré ce constat et s’appuyant sur l’enquête publique, le 28 octobre 2020, le préfet de Haute-Loire a autorisé le démarrage des travaux qui ont débuté dans la foulée.

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Les acteurs fédérés autour de ce combat pour la protection des biens communs sont donc passés à la vitesse supérieure, multipliant les actions sur le terrain, manifestations publiques, et recours juridiques dont celui déposé par la FNE le 28 janvier dernier. C’est dans le cadre de cette complémentarité que les élues RCES ont initié deux recours, portés par Myriam Laïdouni-Denis et co-signés par Fatima Parret, Fabienne Grebert et Florence Cerbaï. Le premier est un recours pour excès de pouvoir contre l’arrêté préfectoral déposé le 22 décembre dernier, et le second un REP déposé ce 1er février devant le tribunal administratif de Lyon contre le budget 2021 de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Ces deux recours soulèvent des motifs similaires dont l’atteinte au Code de l’environnement et le conflit d’intérêts du président de Région Laurent Wauquiez.

Les élues ont par ailleurs porté des alternatives à ce projet écocidaire à plusieurs reprises en Assemblée, notamment lors de l’examen du budget en décembre dernier via un amendement prévoyant la réaffectation des 23,3M€ dévolus au projet pour  l’exercice 2021 vers le développement de transports collectifs.
Affaire(s) à suivre.

 

Crédits photos : Lucien SOYERE