Sécheresse 2020 : l’eau, un enjeu brûlant.

La crise liée à la pandémie a mis en lumière notre impréparation face aux chocs et catastrophes ainsi que la nécessité de relocaliser nos circuits de production. Ce qui est valable pour les masques l’est aussi pour l’alimentation. L’urgence sanitaire vient s’ajouter aux inquiétudes déjà présentes, notamment celles liées au changement climatique et aux calamités agricoles, qu’il aggrave et multiplie.

Chaque année, notre territoire d’Auvergne Rhône Alpes est durement touché et chaque année la Région ne cesse de mettre en place des plans d’aides exceptionnelles. Malheureusement, ces aléas sont de moins en moins « exceptionnels » et tendent à devenir la norme. Depuis 2016, plus de 60 millions d’euros ont été versés aux agriculteurs pour réparer les dégâts causés par la sécheresse, la grêle, la neige, le gel ou le vent. L’été 2020 ne fera pas exception et s’annonce d’ores et déjà catastrophique en termes de sécheresse.

Ces aides, essentielles à la survie des producteurs agricoles, ne peuvent camoufler la nécessité de questionner en profondeur le modèle actuel : elles aident, certes, mais ne soignent ni ne préviennent les prochains aléas. Il est plus que temps de passer désormais à une logique d’anticipation et d’adaptation avec deux axes principaux : la nécessaire relocalisation alimentaire et un climat qui va continuer à se dérégler.
Face à ces risques, le rôle d’une collectivité comme la Région Auvergne Rhône Alpes est de :

  • réduire drastiquement ses émissions de gaz à effet de serre pour s’attaquer aux causes du réchauffement climatique,
  • d’accompagner et développer la capacité de résilience des acteurs locaux face aux chocs à venir, notamment dans le domaine alimentaire par l’incitation à des cultures plus diversifiées et moins gourmandes en eau
  • d’anticiper les conflits d’usage de l’eau en organisant la délibération collective et en distinguant ce dont nous pouvons nous passer et ce qui est indispensable : « boire ou skier » ne peut pas, ne doit pas devenir une réalité
  • de conditionner ses politiques d’aides à des programmes d’économies d’eau et d’énergie
  • d’arrêter toute subvention à des projets qui entravent le cycle naturel de l’eau, entraînent un gaspillage de cette même eau ou son stockage à des fins de loisirs.

Corinne Morel Darleux, élue régionale de la Drôme et membre de la commission agricole prévient : « Alors que les températures du mois d’avril étaient de 4°C au-dessus des normales saisonnières, Météo France annonce déjà une sécheresse estivale très probable dans 8 départements d’Auvergne Rhône Alpes. Depuis trois ans la situation s’emballe. On se souvient du lac d’Annecy à sec, des villages ravitaillés par camion citernes, des communes demandant à leurs habitants de limiter leurs douches pour que les touristes puissent skier, des canons à neige mis à l’arrêt dès le mois de février parce qu’il faisait trop chaud… L’heure n’est plus à l’alerte mais à l’action ! Ces sécheresses ne sont plus exceptionnelles mais récurrentes. L’eau doit être considérée comme un bien commun, une ressource à économiser et préserver. Dans ce contexte, il n’est plus acceptable par exemple que de l’eau soit stockée, quand elle manque si cruellement, pour produire de la neige artificielle. On apprenait récemment la création d’une nouvelle retenue d’eau de 25 000m3 à la Feclaz, malgré les avis défavorables des acteurs du territoire, pour préparer la saison de ski. Est-ce vraiment la priorité actuellement ? Il est urgent que la Région revienne à la raison et fasse de la préservation de la ressource en eau un enjeu régional prioritaire. »

Les élus régionaux du Rassemblement citoyen écologiste et solidaire proposent notamment :

  • Des assises régionales des usages de l’eau avec l’ensemble des usagers, citoyens, professionnels et scientifiques
  • L’arrêt immédiat des aides publiques à l’enneigement artificiel et un plan massif de reconversion des stations de montagne
  • L’arrêt du soutien régional aux barrages et réservoirs qui perturbent le cycle de l’eau et ont des effets pervers en cas de sécheresses longues
  • La réorientation des aides agricoles vers l’accompagnement à la mise en place de cultures diversifiées, peu consommatrices d’eau et destinées à la consommation régionale (agroforesterie, permaculture, agro-écologie…)
  • Le conditionnement des aides régionales à des programmes d’économies d’eau et d’énergie