TRIBUNE – Et si Auvergne Rhône-Alpes se tournait vers le zéro déchet ?

Laurent Wauquiez a pour ambition de faire de la région Auvergne Rhône-Alpes la meilleure en tout, (1ère région pour l’agriculture, 1ère région du numérique, 1ère région pour la sécurité …) On ne compte plus les domaines dans lesquels notre région est prétendument la meilleure. Aujourd’hui, nous disons chiche pour être la première région en matière de transition écologique. Les opportunités d’agir sur la prévention et la gestion des déchets ne manquent pas.

La loi NOTRe a confié aux conseils régionaux la responsabilité d’établir des plans régionaux de prévention et de gestion des déchets. Mais dans un contexte d’industrialisation et de réduction des ressources financières des collectivités locales, les acteurs des territoires redoutent des politiques dictées uniquement par la culture du chiffre sans prise en compte d’enjeux environnementaux et sociaux à fort impact territorial.

 

Une gestion citoyenne de nos déchets sur les territoires

Voir les déchets des grandes stations de ski traités à près de 200 km de leur lieu de production, ce n’est plus possible ! Si la Région Auvergne Rhône-Alpes définit aujourd’hui les grandes orientations en matière de gestion des déchets et de développement économique, il lui revient d’accompagner les projets sur les territoires, de favoriser des pratiques de réemploi, de compostage et de recyclage plus qualitatives. La Région a un rôle à jouer pour motiver des pratiques de coopération entre acteurs de l’emploi, de l’économie sociale et solidaire et des collectivités territoriales. C’est maintenant que ces impulsions doivent être données et que les acteurs ont besoin d’être soutenus dans leurs investissements avant que la réglementation et les réalités économiques ne plombent les entrepreneurs des territoires.

 

Favoriser l’économie de proximité, structurer des boucles locales, afin de garantir des emplois  non délocalisables

La saturation de certains centres de gestion des déchets et la nécessaire adéquation aux objectifs de la loi pour la transition énergétique vont conduire à la création de nouveaux centres de gestion des déchets. Massification et industrialisation sont au cœur de ses grands projets d’

Pourtant, ces projets soulèvent de fortes inquiétudes de la part des entreprises d’insertion et plus généralement de l’économie sociale et solidaire.  Celles-là même qui ont largement participé à la création de filières de réemploi et de recyclage sur leur territoire et qui voient leur centre de tri fermer, faute de performance économique digne des géants de l’industrie du déchet. Elles licencient, remettent sur une voie de garage les bénéficiaires de dispositifs d’insertion, qui sortent ainsi des radars. Elles qui ont participé à la structuration de ces filières voient leurs marchés captés par d’autres aujourd’hui. Selon l’ADEME, 79 000 emplois en France sont liés à l’industrie du recyclage. Le réemploi et la réutilisation c’est 18 000 emplois et cela peut être multiplié par 10 si la puissance publique investit dans ce secteur. Faisons de ces perspectives une réalité dans notre région et engageons-nous auprès d’acteurs locaux et de taille humaine.

 

Enclencher toutes les initiatives qui visent à l’économie circulaire et au zéro déchet

Mais le moteur de la transition écologique reste la réduction des prélèvements de ressources naturelles et la mise en place de politique de prévention des déchets. Or la Région reste muette sur ce plan. L’éco conception reste encore une pratique insuffisamment utilisée dans les entreprises. La collectivité peut agir auprès des entreprises par l’intermédiaire d’octroi de subventions, d’orientation des achats publics favorable aux nouveaux secteurs et aux “petits” acteurs ou encore d’accompagnement des projets (pépinières d’entreprises, incubateurs…). Il en est de même sur toutes les initiatives qui visent à la réduction des emballages (épicerie vrac), au réemploi et à la réparation ou à l’installation de composts citoyens. Des collectivités partout dans le Monde s’engagent sur des politiques zéro Déchet. A nous d’être à la hauteur.

Monsieur Wauquiez, vous qui vous voulez des régions premières en tout, investissez dans les déchets !

 

Fabienne Grebert, conseillère régionale Auvergne Rhône Alpes

Odile Vignal, Vice-Présidente Clermont Communauté

Emeline Baume de Brosses, conseillère déléguée à la prévention des déchets du Grand Lyon

Olivier Longeon, conseiller de Saint Etienne Métropole

Tifen Ducharne, créatrice d’une recyclerie

Sophie Brovelli-Dumas, membre du collectif Zéro Déchet Annecy