Intervention de Corinne Morel Darleux sur l’aide d’urgence aux agriculteurs victimes de la grêle

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Nous ne pouvons naturellement que saluer le déblocage de cette aide exceptionnelle tant les dégâts sont importants. Les dégâts sont énormes, principalement dans le triangle Tain-Romans-Valence. 70% de pertes de récolte en abricots, 40% en pêches, la moitié des vignes en Crozes Hermitage… Une catastrophe.

Les agriculteurs n’avaient franchement pas besoin de ça. Quand ce n’est pas la disparition des quotas laitiers c’est les marges distributeurs des supermarchés, et quand ce n’est pas la sécheresse c’est la grêle. Et maintenant la canicule. Il y a de quoi désespérer. Et le découragement, c’est bien ce qui menace certains paysans et petits exploitants. Ainsi le cas de ce jeune arboriculteur de l’Isère : noisettes, noix, pommes, il avait repris une exploitation de noyers sur 4 hectares et était installé en bio depuis trois ans et demi. Il a tout perdu en une journée.

Ces 6 millions sont donc une bonne nouvelle. Mais parer à l’urgence ne peut pas exonérer d’une réflexion de fond. Ces aléas se multiplient et tout le monde s’accorde pour dire que cela va empirer avec le dérèglement climatique. Les viticulteurs sont venus nous dire leur inquiétude il y a quelques mois. Les éleveurs ont de plus en plus de mal à nourrir leurs troupeaux. Les maraîchers et arboriculteurs sont touchés, on le voit encore avec cet épisode.

Une des pistes souvent répétées ici, en matière d’adaptation à l’évolution du climat, et pour réduire la fragilité des exploitations aux aléas, serait de privilégier la variété dans les cultures, et des cultures moins gourmandes en eau… Les aides régionales pourraient comporter un bonus, a minima, pour aller dans ce sens. C’était le cas lors du précédent mandat, c’est donc possible. Et surtout ça devient urgent. On ne peut pas continuer à accompagner les agriculteurs dans des monocultures et une dépendance à l’eau qui les fragilisent et les condamnent à terme.

Ensuite, et nous l’avons également déjà dit à plusieurs reprises, il faut bien sur lancer cette réflexion sur un fonds assurantiel régional en lien avec la nouvelle PAC. La plupart des agriculteurs ne peuvent pas se payer les assurances, c’était le cas de cet arboriculteur de l’Isère dont je viens de vous parler.

Enfin, il nous faut aussi réfléchir aux investissements financés par la Région. Les filets pare-grêles ont bien fonctionné. Par contre les canons, radars et autres ballons se sont révélés inefficaces… Dire, comme c’est le cas dans le rapport, que « La combinaison de radars, ballons à sels hygroscopiques et canons à grêle doit encore prouver son efficacité » est une manière polie de dire que ça n’a pas marché. On en avait déjà pointé les limites, ce nouvel épisode doit permettre d’en tirer les enseignements et de recentrer les aides de la Région sur ce qui fonctionne.

Nous voterons donc pour ce rapport. »